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Douleur physiologie

Realité virtuelle immersive et douleur des brûlés pendant la rééducation

La rééducation, comme les manoeuvres de mobilisation articulaires sont autant de situations qui peuvent faire monter la douleur des personnes brûlées.
De nombreuses études ont montré l’intérêt de l’utilisation de la réalité virtuelle immersive sur la gestion de cette douleur.
Une revue systématique fait le point sur ces techniques :
34 études ont été analysées, dont 23 essais cliniques randomisés.
Dans ces articles, la réalité virtuelle a été appliquée à l’aide de technologie 3D et de jeux vidéo.
Les résultats démontrent que l’association de cette technologie avec des traitements habituels de la douleur (médication) apporte une expérience accrue de soulagement pendant la rééducation. Peu d’effets secondaires ont été rapportés.

Burns. 2018 Sep;44(6):1403-1416. doi: 10.1016/j.burns.2017.11.002. Epub 2018 Feb 1.
Virtual Reality in the treatment of burn patients: A systematic review.
Scapin S1, Echevarría-Guanilo ME2, Boeira Fuculo Junior PR3, Gonçalves N2, Rocha PK2, Coimbra R2.

D’autres études montrent l’intérêt de cette association. De plus en comparant deux techniques : jeux en 2D type Nitendo et réalité virtuelle immersive (casque de RV), il apparait que le coté immersif montre une taille d’effet bien supérieure.

A randomized, controlled trial of immersive virtual reality analgesia, during physical therapy for pediatric burns.
Schmitt YS, Hoffman HG, Blough DK, Patterson DR, Jensen MP, Soltani M, Carrougher GJ, Nakamura D, Sharar SR. Burns. 2011 Feb;37(1):61-8. doi: 10.1016/j.burns.2010.07.007. Epub 2010 Aug 7.

The effect of virtual reality on pain and range of motion in adults with burn injuries.
Carrougher GJ, Hoffman HG, Nakamura D, Lezotte D, Soltani M, Leahy L, Engrav LH, Patterson DR.J Burn Care Res. 2009 Sep-Oct;30(5):785-91. doi: 10.1097/BCR.0b013e3181b485d3.

Repeated use of immersive virtual reality therapy to control pain during wound dressing changes in pediatric and adult burn patients.
Faber AW, Patterson DR, Bremer M. J Burn Care Res. 2013 Sep-Oct;34(5):563-8. doi: 10.1097/BCR.0b013e3182777904.

Virtual reality analgesia for burn joint flexibility: A randomized controlled trial. Soltani M, Drever SA, Hoffman HG, Sharar SR, Wiechman SA, Jensen MP, Patterson DR. Rehabil Psychol. 2018 Nov;63(4):487-494. doi: 10.1037/rep0000239. Epub 2018 Oct

The use of video capture virtual reality in burn rehabilitation: the possibilities.
Haik J, Tessone A, Nota A, Mendes D, Raz L, Goldan O, Regev E, Winkler E, Mor E, Orenstein A, Hollombe I. J Burn Care Res. 2006 Mar-Apr;27(2):195-7.

Feasibility of articulated arm mounted Oculus Rift Virtual Reality goggles for adjunctive pain control during occupational therapy in pediatric burn patients.Hoffman HG, Meyer WJ 3rd, Ramirez M, Roberts L, Seibel EJ, Atzori B, Sharar SR, Patterson DR.
Cyberpsychol Behav Soc Netw. 2014 Jun;17(6):397-401. doi: 10.1089/cyber.2014.0058.

Immersive Virtual Reality as an Adjunctive Non-opioid Analgesic for Pre-dominantly Latin American Children With Large Severe Burn Wounds During Burn Wound Cleaning in the Intensive Care Unit: A Pilot Study.Hoffman HG, Rodriguez RA, Gonzalez M, Bernardy M, Peña R, Beck W, Patterson DR, Meyer WJ 3rd.
Front Hum Neurosci. 2019 Aug 8;13:262. doi: 10.3389/fnhum.2019.00262. eCollection 2019.

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bilan et rééducationdes douleurs de la main

Cette vidéo pratique montre l’approche analytique et systémique du bilan de la douleur complexe de la main. Chaque aspect en est résumé et mérite d’être approfondi.
L’objectif est de proposer une synthèse permettant au thérapeute et au patient d’avoir un regard pointu autant qu’élargi sur ce difficile sujet, et de montrer qu’une palette de soins peut répondre aux diverses douleurs.
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L’illusion de la queue factice chez… la souris, rassurons les plus jeunes de nos lecteurs !

17 souris ont participé à cette expérience. Elles ont été entrainées à rester calme dans un tube sans bouger la tête 20min. Elles ont ensuite pris part à plusieurs expériences d’IMF (une queue en plastique était brossée dans leur champ de vision accompagnée de brossages synchrones ou asynchrones de leur véritable queue – au bout d’une minute la queue factice était fermement arrachée par l’opérateur et le comportement de l’animal était enregistré – ben oui, on n’allait pas leur faire passer un questionnaire !).

Les conditions étudiées étaient les suivantes :
Expérience 1 : brossages synchrone VS brossages asynchrones des queues
Expérience 2 : brossages synchrones à vue VS brossages synchrones avec la queue factice masquée par un champ opaque
Expérience 3 : deux queues factices étaient utilisées (une à gauche et l’autre à droite) + brossages synchrones d’une des queues factices et de la queue réelle : réaction de la souris à l’arrachement de la queue factice brossée VS non brossée

Les résultats montrent des similitudes avec l’IMF réalisé chez l’humain (réactions majorées en brossages synchrones, importance du canal visuel, notion de congruence spatiale du membre factice impactant l’illusion).

Il y a donc deux bonnes nouvelles :
1/les chercheurs étudiant les bases neuronales des processus multi-sensoriels de la représentation corporelle vont pouvoir s’en donner à cœur joie avec nos petits rongeurs !
2/les souris ayant vendu leur queue au diable pourront désormais bénéficier d’une forme de soutien psychologique en lézardant en laboratoire

Référence

Wada, M., Takano, K., Ora, H., Ide, M., & Kansaku, K. (2016). The rubber tail illusion as evidence of body ownership in mice. Journal of Neuroscience, 36(43), 11133-11137.
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Faut-il multiplier les séances de kiné pour améliorer les douleurs chroniques ?

De plus en plus de preuves avancent que l’exercice est un traitement de première intention pour le traitement de presque toutes les formes de douleur chronique. Cependant, la connaissance de la posologie efficace en fonction du traitement et de la douleur est pratiquement absente de la littérature.
Le but de cette analyse était de calculer dans quelle mesure le traitement par l’exercice présentait des effets liés à la dose similaires à ceux observés avec les traitements pharmacologiques.

Méthodes

Une étude Cochrane récemment publiée sur l’exercice et l’activité physique pour le traitement de la douleur chronique chez les adultes est parue en mai 2017. Ce rapport examine différentes interventions en matière d’activité physique et d’exercice et leur efficacité pour réduire la gravité de la douleur. Il a également mis en évidence des effets modestes de l’exercice sur le traitement de la douleur.

Les auteurs ont analysé cet ensemble de données existant, en se concentrant spécifiquement sur la dose d’exercices dans les 75 études sélectionnées. Ils se sont intéressés au temps consacré à l’exercice physique par semaine, à sa fréquence de l’exercice, sa durée (en semaines) et son intensité estimée.

Résultats

L’analyse a révélé une corrélation positive significative entre la durée de l’exercice et l’effet antalgique sur la cervicalgie.
La modélisation par régression linéaire multiple de ces données a prédit que l’augmentation de la fréquence des séances d’exercice par semaine aurait très probablement un effet positif sur les patients souffrant de douleur chronique.

Discussion

Des effets modérés ont été observés avec une corrélation significative entre la durée et l’effet sur la douleur..
Globalement, ces résultats ne fournissent pas suffisamment de preuves pour conclure à la présence d’un fort effet/dose de l’exercice dans la douleur, mais les données de modélisation fournissent des prédictions qui peuvent être utilisées pour concevoir de futures études visant à tester explicitement la question de la dose.

Références bibliographiques

Polaski AM, Phelps AL, Kostek MC, Szucs KA, Kolber BJ. Exercise-induced hypoalgesia: A meta-analysis of exercise dosing for the treatment of chronic pain. PLoS One. 2019 Jan 9;14(1):e0210418. doi: 10.1371/journal.pone.0210418.

Article disponible en ligne

Geneen LJ, Moore RA, Clarke C, Martin D, Colvin LA, Smith BH. Physical activity and exercise for chronic pain in adults: an overview of Cochrane Reviews. Cochrane Database Syst Rev. 2017;4:CD011279 10.1002/14651858

Article disponible en ligne

 

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Douleur chronique en 2019 : du changement dans les classifications

En 2012 un groupe de travail de l’IASP contacte l’OMS pour proposer une nouvelle classification des douleurs chroniques afin qu’elle puisse apparaitre dans la prochaine version de la CIM. Cette classification avait les objectifs suivants :

– Distinguer les syndromes de douleurs chroniques primaires des syndromes de douleurs chroniques secondaires ;
– Intégrer les diagnostiques existants comme les migraines ;
– Proposer des définitions et des descriptifs précis de ces différents diagnostiques.

Cette classification a été acceptée et implique les points suivants :
La douleur chronique : est désormais définie comme une douleur dont la durée de l’épisode ou sa récurrence dépasse 3 mois.
Les douleurs chroniques primaires : sont des douleurs situées dans une ou plusieurs régions anatomiques qui persistent ou sont récurrentes depuis au moins 3 mois et sont associées à une détresse émotionnelle significative ou à une incapacité fonctionnelle (interférence avec les activités du quotidien et la participation dans les rôles sociaux) et ne pouvant s’expliquer par une autre condition chronique. Les auteurs font remarquer que la récente définition « nociplastique » peut décrire certains des mécanismes en jeu dans ce type de douleur.
Les syndromes de douleurs chroniques secondaires : sont liés à d’autres maladies en tant que cause sous-jacente et pour lesquelles la douleur peut être considérée à l’origine comme un symptôme. Dans de nombreux cas, la douleur chronique peut persister malgré la réussite du traitement de la cause initiale ; dans de tels cas, le diagnostic de douleur demeure, même après que le diagnostic de la maladie sous-jacente ne soit plus pertinent.
• Les syndromes de douleurs chroniques secondaires comprennent 6 sous-groupes qui possèdent chacun leur propre définition : on y trouve :
– La douleur chronique en rapport au cancer
– La douleur chronique post-traumatique ou post-chirurgicale
– La douleur chronique neuropathique
– La douleur chronique secondaire migraineuse ou oro-faciale
– La douleur chronique secondaire viscérale
– La douleur chronique secondaire musculo-squelettique

Enfin, notez que la CIM-11 met également à disposition des praticiens un système de codage optionnel permettant d’intégrer à la douleur les notions de sévérité, d’évolution temporelle et de présence de facteurs psychosociaux associés.

De nouveaux travaux testant cette classification devraient apparaitre rapidement et venir compléter les études pilotes existantes (2,3).

Références

(1) Treede, R. D., Rief, W., Barke, A., Aziz, Q., Bennett, M. I., Benoliel, R., … & Giamberardino, M. A. (2019). Chronic pain as a symptom or a disease: the IASP Classification of Chronic Pain for the: International Classification of Diseases:(: ICD-11:). Pain, 160(1), 19-27.

(2) Barke A, Korwisi B, Casser HR, Fors EA, Geber C, Schug S, Stubhaug A, UshidaT, Wetterling T, Rief W, Treede RD. Pilot field testing of the chronic pain classification for ICD-11: the results of ecological coding. BMC Public Health 2018;18:1239.

(3) Smith BH, Fors EA, Korwisi B, Barke A, Cameron P, Colvin L, Richardson C, Rief W, Treede RD. The IASP classification of chronic pain for ICD-11: applicability in primary care. PAIN 2019;160:83–87.

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Des nocicepteurs spécifiques de la douleur mécanique

Le système somatosensoriel offre la capacité de détecter, distinguer et de répondre à divers stimuli thermiques, mécaniques et irritants.
Bien que des progrès aient été réalisés dans la définition des classes de neurones sous-jacents à la sensation de température et au toucher, on en sait moins sur les neurones spécifiques de la douleur mécanique.

Cette étude utilise l’imagerie fonctionnelle in vivo pour identifier une classe de neurones sensoriels cutanés activés sélectivement par une stimulation mécanique à haut seuil (SMHS).
Leur excitation optogénétique évoque des comportements rapides de protection et d’évitement. Contrairement aux autres nocicepteurs, ces SMHS sont des fibres Aδ à conduction rapide avec des terminaisons circonférentielles hautement spécialisées qui enveloppent la base des follicules pileux individuels. Les Aδ-SMHS innervent des champs uniques mais qui se chevauchent et peuvent être activés par des stimuli aussi précis que la traction d’un seul cheveu. Ensemble, les caractéristiques distinctives de cette classe de Aδ-SMHS apparaissent optimisées pour une localisation précise et rapide de la douleur mécanique.

Des études futures pourraient tirer parti de l’approche chimico-génétique développée dans cette étude pour identifier la connectivité Aδ-SMHS dans la moelle épinière et les circuits neuronaux activés par des stimuli mécaniques nocifs dans le cerveau.
Le fait de déchiffrer les propriétés de réponse de différentes classes de nocicepteurs mécaniques devrait finalement aider à expliquer comment les humains peuvent distinguer et réagir de manière appropriée à une grande variété de types de toucher douloureux.
Ces résultats mettent en évidence la remarquable spécialisation existant entre les classes de nocicepteurs et de mécanorécepteurs. Comprendre les mécanismes moléculaires sous-jacents à ces différents types de réponses constituera une étape importante dans la conception rationnelle de nouvelles approches du traitement de la douleur.

Ghitani, N., Barik, A., Szczot, M., Thompson, J. H., Li, C., Le Pichon, C. E., Krashes, M. J., … Chesler, A. T. (2017). Specialized Mechanosensory Nociceptors Mediating Rapid Responses to Hair Pull. Neuron, 95(4), 944-954.e4.

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Lombalgie aigue : « Faites de l’éducation qu’ils disaient… »

Les auteurs de ce récent essai contrôlé randomisé en simple aveugle ont inclus 202 participants atteints de lombalgie aigue avec un fort risque de passage en chronicité (Predicting Inception of Chronic Pain tool – voir l’article pour le détail des critères de non inclusion) puis les ont réparti en deux groupes : un groupe recevant 2 h d’éducation intensive basée sur une adaptation du livre Explain Pain (modèle biopsychosocial, métaphores, etc.) et un groupe dit éducation placebo où ils ne recevaient aucun conseil/aucune information en lien avec la lombalgie (mais où le praticien écoutait activement le patient parlé des sujets de son choix, etc. – voir la partie supplement de l’article pour une description détaillée).

Chaque participant recevait donc 2 heures d’éducation ou d’éducation placebo (2 interventions d’une heure). Tous les traitements étaient effectués dans les 6 semaines à partir du début de l’épisode algique. Les mêmes cliniciens effectuaient l’éducation et l’éducation placebo après plusieurs heures d’entrainement avec un psychologue.

Les outils de mesure utilisés étaient des questionnaires en ligne (auto-évaluation) administrés au départ, 1 semaine après les deux interventions, à 3, 6 et 12 mois. Le critère de jugement principal était la douleur moyenne sur la dernière semaine (échelle numérique 0-10). Les critères de jugement secondaires étaient nombreux et je préfère vous laisser la totalité ici : Secondary outcomes were disability (Roland Morris Disability Questionnaire)1, the proportion of participants who developed chronic low back pain (at 3 months, reporting an average of 2 or more on a 11-point pain intensity NRS over the past week and no periods of recovery during that time), depressive symptomatology (depression severity scale of Depression Anxiety and Stress Scale), healthcare utilisation, global change (Global Back Recovery Scale), recurrence (answering ‘yes’ to both of the following: i) “In the last 6 months /12 months has your lower back pain gone away completely for a period of more than 30 days, only to return later on?” and ii) “If yes, did the return of LBP last at least 24hrs with a pain intensity of more than 2/10?”), pain attitudes and beliefs (Survey of Pain Attitudes and reassurance (assessed using two questions: “How reassured do you feel that there is no serious condition causing your back pain? 0 = not reassured at all, 10 = completely reassured”; “Do you think that your symptoms should be investigated more extensively (laboratory tests, X-rays etc.)”? We collected data on potential mechanisms: catastrophizing (Pain Catastrophizing Scale), back beliefs (Back Beliefs Questionnaire) self-efficacy (Pain Self-Efficacy Questionnaire) and neurophysiology knowledge (Neurophysiology of Pain Questionnaire).

Il n’existait aucune différence intergroupe pour le critère primaire (intensité douloureuse) sur l’ensemble des suivis. Il existait une différence statistique entre les groupes sur le score d’incapacité à 1 semaine et à 3 mois mais sans doute non pertinente sur le plan clinique. Une analyse de médiation montre que l’éducation à la douleur réduit le catastrophisme et les croyances qui n’aident pas le patient sans que cette diminution n’impacte favorablement l’intensité douloureuse.

Alors qu’une très large majorité des recommandations de bonne pratique poussent les physiothérapeutes à utiliser un temps d’éducation thérapeutique avec les patients ayant un épisode de lombalgie aigue, les auteurs de cette étude conclue que l’ajout de deux heures d’éducation à la douleur aux soins primaires (comportant déjà des conseils et de la réassurance) n’apporte pas de bénéfice (traduit de « unnecessary »). Un troisième bras comportant uniquement les soins primaires aurait aidé à réduire mon anxiété, ou alors ma dissonance cognitive ?… du coup c’est mon psy qui va s’y coller !

Références

Traeger AC, Lee H, Hübscher M, et al. Effect of Intensive Patient Education vs Placebo Patient Education on Outcomes in Patients With Acute Low Back PainA Randomized Clinical Trial. JAMA Neurol. Published online November 05, 2018. doi:10.1001/jamaneurol.2018.3376
En accès libre ici
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Avoir la possibilité d’éviter la douleur augmente la peur d’avoir mal

Chouette étude ce mois-ci dans le Journal of Pain : 64 individus sains ont participé à cet essai. Ils ont été répartis en deux groupes : un groupe évitement (n=32) et un groupe contrôle (n=32). Après une phase de calibration (détermination du seuil douloureux et de la stimulation maximale correspondant au seuil+1°(S+1)), des stimuli nociceptifs (chaleur) étaient appliqués au niveau des avant-bras des participants en même temps qu’ils visualisaient sur un écran le niveau de température utilisé (représentation d’une barre de jauge avec minimum et maximum). Suivant les groupes, ce feedback visuel pouvait être manipulé.

L’expérimentation s’organisait en 4 étapes :
En phase d’apprentissage : chaque participant recevait 2 essais où la stimulation la plus forte atteignait le S+1 avec concordance du feedback visuel (atteinte du maximum) puis deux essais où la stimulation était délivrée au seuil (le feedback visuel n’atteignait pas le maximum)
En phase dite de pleine intensité : chaque participant recevait 3 stimulations maximales avec feedbacks concordant qui stoppaient en atteignant leur maximum
En phase dite intervention : on expliquait aux participants du groupe évitement qu’ils pouvaient éviter le pic de stimulation en pressant un bouton apparaissant à l’écran (instruction : « dès que vous voyez le bouton stop apparaitre, appuyez pour stopper la stimulation chaude ») ; 3 essais faisaient croire aux participants de ce groupe que le maximum de stimulation n’était pas atteint lorsque le bouton stop apparaissait (alors que la stimulation était maximale comme dans le groupe contrôle qui ne disposait pas d’instruction spéciale ni de bouton stop)
En phase test : 3 essais de stimulation maximale étaient réalisés dans chaque groupe mais le groupe évitement avait l’instruction suivante : « le bouton stop ne sera pas présent, vous ne pourrez plus stopper la stimulation cette fois-ci »

Les marqueurs choisis étaient : des auto-évaluations (échelles numériques) de la peur de la douleur (au début de chaque phase), de la valeur menaçante du stimulus calorifique (avant les expériences et après la dernière stimulation), de l’intensité de la douleur et du caractère désagréable de celle-ci (avant et après chaque phase) ; une réponse réflexe de l’orbiculaire (EMG) (avant et après chaque phase) ; des questionnaires (State-Trait Anxiety Inventory (STAI), Fear of Pain Questionnaire (FPQ-III NL) et Positive Affectivity and Negative Affectivity Scale (PANAS)). Enfin, une question adressée au groupe évitement concernait le sentiment de contrôle du stimulus calorifique (échelle numérique). Les groupes étaient comparables sur le plan de l’intensité de la douleur perçue pour S+1° et sur la totalité des questionnaires évalués.

Les auto-évaluations de la peur de la douleur étaient plus fortes dans le groupe évitement pour toutes les phases de l’expérience. Ces scores évoluaient différemment entre les groupes tout au long de l’expérience : les participants du groupe évitement reportaient plus de peur d’avoir mal après avoir reçu les instructions de possibilité d’évitement (phase intervention et phase test). Pour les auteurs, ce fait était surprenant puisque la peur augmentait dès l’instruction sans que les sujets aient encore adopté un comportement d’évitement réel (il est plutôt surprenant que Vlaeyen et ses collaborateurs ne mentionnent pas dans la section discussion les travaux portant sur la théorie des cadres relationnels pour expliquer de tels résultats (ils se contentent d’évoquer le rôle de l’attention)). La réponse psychophysiologique (EMG) ne corroborait pas les auto-évaluations. Le caractère menaçant du stimulus baissait dans le groupe contrôle mais pas dans le groupe évitement. L’intensité de la douleur perçue comme son caractère désagréable étaient logiquement ressentis comme plus faibles quand les participants du groupe évitement pouvaient éviter (phase d’intervention) et plus fortes quand ils ne pouvaient pas (phase test).

Cette étude confirme des travaux précédents (notamment sur l’anxiété) étudiant la relation bidirectionnelle entre peur et évitement. Les auteurs parlent de cercle vicieux où la recherche de comportements de sécurité (« safety-seeking behaviours ») augmente la perception du caractère menaçant du stimulus qui augmente à son tour la recherche de comportements de sécurité.

Références

van Vliet, C. M., Meulders, A., Vancleef, L. M., & Vlaeyen, J. W. (2018). The opportunity to avoid pain may paradoxically increase fear. The Journal of Pain.
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Les patients chroniques se disent-ils prêts à bouger ?

Une étude suisse s’est intéressée au « niveau de détermination » des patients douloureux chroniques (à quel point ils se sentent prêts – traduit de « Level Of Readiness »-LOR) à utiliser des stratégies d’auto-traitements actifs.

Les auteurs ont réalisé une enquête auprès de 659 patients sur le canton de Vaud via un questionnaire à 5 dimensions (données socio-démographiques, évaluation des caractéristiques de la douleur, symptômes en rapport à l’humeur, traitements effectués et LOR). Le LOR utilisait des questions à échelles comme on en trouve en entretien motivationnel, thérapies brèves, etc. Les auto-traitements actifs répertoriés par le questionnaire étaient divisées en 5 catégories : activités physiques adaptées à la douleur, thérapies à dimension physique (auto-massage, digipuncture, etc.), thérapies basées sur le mouvement (yoga, tai chi, etc.), thérapies corps-esprit (auto-hypnose, training autogène, imagerie motrice, etc.) et thérapies artistiques (danse, art-thérapie, musique). Le LOR était évalué pour chaque catégorie sur une échelle numérique (0-10) : LOR faible (0-4), LOR moyen (5-7) et LOR élevé (8-10). Notez que le questionnaire utilisait également d’autres évaluations (DN4, body chart et échelle HADS).

1524 patients ont reçu le questionnaire dont 639 étaient exploitables. L’âge moyen des participants était de 59 ans (SD=15.3). 44.1% des sondés montraient un LOR élevé et 24.6% un LOR moyen. Un LOR élevé était associé à un niveau d’éducation plus élevé ((relative risk ratio (RRR)=3.42, 95% confidence interval (CI): 1.90-6.13, p<0.001), au fait d’être sans emploi à cause de sa situation médicale (RRR=2.92, 95% CI: 1.30-6.56, p=0.009), au fait d’utiliser des compléments alimentaires « contre la douleur » (RRR=2.77, 95% CI: 1.52-5.04, p=0.001) et au fait d’être atteint de douleurs à caractère neuropathique (RRR=1.80, 95% CI: 1.40-3.12, p=0.036). Un âge plus avancé était associé à un LOR plus bas (RRR=0.97, 95% CI: 0.94-0.99, p=0.039). Enfin, des facteurs comme la durée de la douleur, sa sévérité ou encore la présence d’un trouble de l’humeur n’étaient pas associés à un LOR plus bas.

Pour les auteurs, la plupart des patients porteurs de douleurs chroniques se disaient prêts à utiliser des stratégies d’auto-traitements actifs. Plus de 40% des questionnaires envoyés n’ont cependant pas été retournés et 12% de ceux renvoyés ont été écartés (différents motifs dont le refus du patient). De plus, 1/3 des questionnaires restants montraient un LOR bas… Et puis surtout, le dire c’est bien, le faire…

Références

Scala, E., Decosterd, I., Faouzi, M., Burnand, B., & Rodondi, P. Y. (2018). Level of readiness of chronic pain patients to practise active self‐care. European Journal of Pain.
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« Quand je ressens violemment ma douleur, je ressemble à une merde »

Eh bien voilà, j’étais parti pour vous proposer un topo sur un article en provenance du Journal Of Pain et mis de côté récemment après la lecture de l’abstract (1). Mais ça s’était avant d’avoir lu l’intégralité de cet essai contrôlé randomisé qui m’a finalement contrarié…

Alors je me suis rabattu sur un travail qualitatif qui m’a finalement semblé plus pertinent pour finir la semaine et aborder la notion de perception de l’image de Soi chez des individus souffrants de douleurs chroniques (2).

7 patients atteints de douleurs musculo-squelettiques chroniques (lombalgies, cervicalgies et douleurs d’épaule) depuis plusieurs années (2-27ans) ont participé à cette étude. Ils ont commencé par passer deux entretiens semi-structurés (deux examinateurs) durant 45 à 80min qui comportaient deux parties : la première concernait les difficultés rencontrées par le patient en lien avec la douleur et la seconde les problèmes en rapport à son apparence. Les individus devaient ensuite dessiner un autoportrait comportant leur zone douloureuse et correspondant à comment ils se sentaient perçus par les autres. Des questionnaires étaient également administrés (appearance anxiety inventory, body dysmorphic disorder questionnaire et pain catastrophising scale). Les données étaient ensuite traitées par une analyse thématique inductive.

Deux grands thèmes apparaissaient (ils comportaient chacun trois sous-thèmes) :

1/ Relation avec le corps douloureux
– Conscience corporelle (la majorité des sujets portaient plus d’attention à la zone douloureuse)
– Dilemme d’engagement (lutte pour déterminer un niveau optimal d’activités en fonction de la douleur)
– Corps chosifié (prise de distance avec la zone douloureuse spécialement lorsqu’elle ne fonctionne pas de la façon souhaitée)

2/ Insatisfaction corporelle
– Préoccupations liée à l’apparence (poids et silhouette principalement sans qu’aucun des participants ne mentionnent sa zone douloureuse)
– Détresse en rapport aux limitations fonctionnelles
– Communication ambiguë sur le plan comportemental (hésitation sur les comportements douloureux à employer)

Enfin, un sous-thème commun concernait les préoccupations sur l’apparence physique en lien avec la douleur, l’humeur et la fatigue. Tous les participants reconnaissent que les jours de crise (plus de douleur, déprime, fatigue, etc.), il existe une augmentation de l’insatisfaction corporelle et des impactions des stratégies de coping en rapport à l’apparence physique (habillage par exemple).

Conclusion AK
Aucune ! 7 patients c’est vraiment peu pour conclure quoi que ce soit et cela tombe bien puisque ce n’est pas le but : l’idée est plutôt d’inviter les thérapeutes à explorer avec plus de minutie comment la douleur chronique peut affecter l’image corporelle du patient (il est vrai qu’il faut s’entendre sur les définitions autour de ce concept)… car il est envisageable que cette image puisse impacter la douleur en retour : à vos miroirs ?!

Références

(1) Maeda, Y., Kan, S., Fujino, Y., & Shibata, M. (2018). Verbal Instruction Can Induce Extinction of Fear of Movement-Related Pain. The Journal of Pain.

(2) Sündermann, O., Rydberg, K., Linder, L., & Linton, S. J. (2018). “When I feel the worst pain, I look like shit”–body image concerns in persistent pain. Scandinavian Journal of Pain.